• Demain, dès l'aube


    Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

    J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.


    Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

    Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,

    Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

    Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.


    Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

    Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

    Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs.


    Victor HUGO

    (1802-1885)


    Vendredi 3 septembre 1847

    Les Contemplations (IV, 14)


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  • Le rendez- vous


    Monsieur Armstrong, j'étais au rendez-vous

    Ce matin-là de juillet sur la Lune,

    Tous mes amis étaient là, avant vous

     Vous réservant une page à la une !


    Notre journal si plein de fantaisies

    Vous réservait des colonnes en vers

    Et votre exploit devenait poésie

    Pour les humains de tout notre univers.


    Quand votre pied s'est posé sur la Lune,

    Nous étions là… poètes réunis

    Pour accueillir sans la moindre rancune :

    Les conquérants de notre doux pays.


    Est-ce l'effet de votre carapace,

    De ce costume hermétiquement clos ?

    Vous n'avez pas entendu dans l'espace

    Nos cœurs unis qui vous criaient : « Bravo ! »


    Monsieur Aldrin est venu à son tour

    Mettre le pied sur le sable lunaire,

    Et tous les deux avec beaucoup d'humour

    Vous regardiez au loin le clair de Terre.


    Vous avez pris en vos mains quelques pierres,

    Un peu de sable et regardé partout,

    Mais vous avez oublié les chimères

    Qui voletaient dans l'air autour de vous.


    En remontant dans votre engin lunaire,

    Vous étiez fiers… et nous l'étions autant,

    Car nous aussi nous venons de la Terre,

    De la France, nous sommes habitants !


     Chantal DARMONT


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  • La poule aux œufs d'or
     

    L'avarice perd tout en voulant tout gagner,
    Je ne veux, pour le témoigner,
    Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
    Pondait tous les jours un œuf d'or.
    Il crut que dans son corps elle avait un trésor :
    Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
    À celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
    S'étant lui même ôté le plus beau de son bien.

    Belle leçon pour les gens chiches !
    Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
    Qui du soir au matin sont pauvres devenus,
    Pour vouloir trop tôt être riches !

    Jean de LA FONTAINE
    (1621 – 1695)

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  • Liberté

    Sur mes cahiers d'écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J'écris ton nom

    Sur toutes les pages lues

    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J'écris ton nom


    Sur la lampe qui s'allume

    Sur la lampe qui s'éteint
    Sur mes maisons réunies
    J'écris ton nom


    Sur la santé revenue

    Sur le risque disparu
    Sur l'espoir sans souvenir
    J'écris ton nom

    Et par le pouvoir d'un mot

    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer

    Liberté

    Paul ÉLUARD

    (1895 1952)

    Poème écrit en 1942.


    Les 21 strophes du poème :

    Liberté

    Sur mes cahiers d'écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J'écris ton nom

    Sur toutes les pages lues

    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J'écris ton nom

    Sur les images dorées

    Sur les armes des guerriers
    Sur la couronne des rois
    J'écris ton nom

    Sur la jungle et le désert

    Sur les nids sur les genêts
    Sur l'écho de mon enfance
    J'écris ton nom

    Sur les merveilles des nuits

    Sur le pain blanc des journées
    Sur les saisons fiancées
    J'écris ton nom

    Sur tous mes chiffons d'azur

    Sur l'étang soleil moisi
    Sur le lac lune vivante
    J'écris ton nom

    Sur les champs sur l'horizon

    Sur les ailes des oiseaux
    Et sur le moulin des ombres
    J'écris ton nom

    Sur chaque bouffée d'aurore

    Sur la mer sur les bateaux
    Sur la montagne démente
    J'écris ton nom

    Sur la mousse des nuages

    Sur les sueurs de l'orage
    Sur la pluie épaisse et fade
    J'écris ton nom

    Sur les formes scintillantes

    Sur les cloches des couleurs
    Sur la vérité physique
    J'écris ton nom

    Sur les sentiers éveillés

    Sur les routes déployées
    Sur les places qui débordent
    J'écris ton nom

    Sur la lampe qui s'allume

    Sur la lampe qui s'éteint
    Sur mes maisons réunies
    J'écris ton nom

    Sur le fruit coupé en deux

    Dur miroir et de ma chambre
    Sur mon lit coquille vide
    J'écris ton nom

    Sur mon chien gourmand et tendre

    Sur ses oreilles dressées
    Sur sa patte maladroite
    J'écris ton nom

    Sur le tremplin de ma porte

    Sur les objets familiers
    Sur le flot du feu béni
    J'écris ton nom

    Sur toute chair accordée

    Sur le front de mes amis
    Sur chaque main qui se tend
    J'écris ton nom

    Sur la vitre des surprises

    Sur les lèvres attentives
    Bien au-dessus du silence
    J'écris ton nom

    Sur mes refuges détruits

    Sur mes phares écroulés
    Sur les murs de mon ennui
    J'écris ton nom

    Sur l'absence sans désir

    Sur la solitude nue
    Sur les marches de la mort
    J'écris ton nom

    Sur la santé revenue

    Sur le risque disparu
    Sur l'espoir sans souvenir
    J'écris ton nom

    Et par le pouvoir d'un mot

    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer

    Liberté

    Paul ÉLUARD

    (18951952)

    Poème écrit en 1942.


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  • Compliment

     

    À l’école, très patiemment,

    J’ai préparé ce compliment

    Pour le jour prochain de ta fête.

    Tu sais, j’ai eu un mal de chien

    À me le fourrer dans la tête !

    Si je ne le sais pas très bien,

    Je demande un peu d’indulgence ! …

    Attention, Maman ! … je commence ! …

     

    En ce beau dimanche de mai

    Où les jardins et les bosquets

    Sont plein de mille chansonnettes,

    Tous les enfants : garçons, fillettes,

    Doivent fêter très gentiment,

    En même temps que le printemps,

    Leur chère petite Maman.

     

    J’ai donc cueilli dans les buissons

    Ce petit bouquet sans façon,

    Et je viens te dire, Maman,

    Que je t’aime bien tendrement,

    Et que toujours je serai sage !

     

    Voilà ! C’est tout ! J’ai terminé,

    Et je n’en sais pas davantage.

    Je crois n’avoir rien oublié,

    Mais avant de gagner ma place,

    Baisse-toi… pour que je t’embrasse !

     

    Raymond RICHARD

    (auteur contemporain)


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  • Mon idole

    Avec ces quelques fleurs,

    C'est un peu de mon cœur

    Que je t'offre aujourd'hui.

    Et pour toute ma vie,

    Je voudrais, cher Papa,

    Te suivre pas à pas.

    Je t'aime, je t'admire,

    Je guette tes sourires,

    Tes gestes, tes paroles.

    Tu es pour moi l'idole

    Que je veux imiter.

    Tu sais sans hésiter

    Résoudre mes problèmes.

    Papa chéri, je t'aime.

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  • Rentrée des classes

     

      Odeur des pluies de mon enfance,

    Derniers soleil de la saison !

    A sept ans comme il faisait bon,

    Après d’ennuyeuses vacances,

    Se retrouver dans sa maison !

     

    La vieille classe de mon père,

    Pleine de guêpes écrasées,

    Sentait l’encre, le bois, la craie,

    Et ces merveilleuses poussières

    Amassées par tout un été.

     

    Ô temps charmants des brumes douces,

    Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,

    Le vent souffle sous le préau.

    Mais je tiens entre paume et pouce

     

    Une rouge pomme à couteau.

     

     René–Guy CADOU

    (1920 – 1951) 


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  • Ma France

    De plaines en forêts, de vallons en collines,
    Du printemps qui va naître à tes mortes saisons,
    De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine,
    Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson.

    Au grand soleil d'été qui courbe la Provence,
    Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche,
    Quelque chose dans l'air a cette transparence
    Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche.

    Picasso tient le monde au bout de sa palette,
    Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes,
    Ils n'en finissent pas, tes artistes prophètes,
    De dire qu'il est temps que le malheur succombe.

    Jean Ferrat

    (1930-2010)



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  • Rentrée des classes

    On efface les vacances

    Au tableau bleu de l'été

    Au tableau vert de la science

    On jure fidélité

      

    Nos souliers n'ont plus de sable

    Nos doigts en gardent l'odeur

    Tout frais frottés nos cartables

    Sont légers comme nos  coeurs

      

    Si l'école est une cage

    On écarte les barreaux

    Page blanche devient plage

    Et craie qui crie un oiseau

      

    Souvenons-nous des vacances

    Des ciels noirs où prend l'ennui

    Laissons l'école et la science

    Nous consoler de la pluie


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